

À l'occasion de la fête du travail, un vent de rebellion et d'indépendance souffle sur Cusco.
Cusco, le 1er mai. Ici point de brin de muguet, ni de syndicalistes enivrés, et encore moins de fanatiques frontistes. A Cusco, le jour des travailleurs est encore un symbole fort, un jour d’engagement politique contre l’exploitation des patrons. Plus que cela, c’est aussi l’expression d’un front sud américain d’indépendance et d’opposition au frère du nord. En ce jour, les discours des personnes qui passent à la tribune abordent la protection des ouvriers, des travailleurs et des femmes. Mais pas seulement.
Une chose surprend. Tous les manifestants ou presque portent à la main le drapeau vénézuelien ou cubain. Chavez et Castro sont invoqués à longueur de discours. Etrangement, le voisin bolivien et son président résistant, Evo Morales, le sont un peu moins… Peu importe, on sent ici une foi en la nouvelle Amérique du Sud, celle qui peut dire non aux volontés des pays occidentaux, celle qui peut vivre en autonomie. Celle, aussi, qui prend en compte ses minorités ethniques : des drapeaux indiens aymaras flottent au-dessus des têtes.
Plus encore, en suivant l’exemple de leurs voisins, les péruviens rassemblés ici demandent la réappropriation des ressources naturelles nationales, trop souvent exploitées par des entreprises occidentales.
Même la compagnie de train, Pérurail, seule à permettre l’accès au site du Machupicchu, est détenue par une société… anglaise.
L’Amérique du Sud prend conscience, ici comme dans beaucoup d’autres endroits, de sa force. C’est rassurant. Après tant de manipulations, l’Amérique du Sud, enfin, résiste.
Emilie Darnaud et Nathaël Rusch