

Nous nous réveillons à Emei Shan pleins d’espoir. Mais très vite, nous faisons plusieurs constats :
1- On ne voit pas à trois mètres à cause d’un opaque brouillard automnal.
2- Il y a des hordes de chinois qui visitent le site. C'est-à-dire au minimum 200 personnes les doigts en V attendant les flashs devant chaque temple.
3-Les tarifs sont prohibitifs.
Donc c’est reparti, gare de bus, éventail des destinations et un objectif cette fois : faire le bon choix. Nous partons pour Ya’an, à l’ouest, où nous pourrons prendre un bus pour Kangding le lendemain, puis le surlendemain un dernier bus pour Tagong, la destination de notre choix. Trois jours de voyage alors qu’il y a seulement 500 kilomètres entre les deux villes. Mais bon nous espérons que le jeu en vaudra la chandelle. Passons les heures de bus, les difficultés pour se faire comprendre, la fondue surprenante que l’on a mangé, les cafards dans le lit, les hôtels bondés, le dortoir improvisé dans un bar, la crevaison… et nous voilà arrivés à Tagong !
En plein milieu du Sichuan, nous sommes toujours en Chine et pas encore au Tibet. Pourtant c’est une autre ambiance ici. La majorité des gens sont tibétains et la culture aussi. Une langue de plus à apprendre alors que nous ne maîtrisons pas encore le chinois. On mange du yak, du yaourt au lait de yak et on boit du thé au beurre de yak (que de Yak !). Ici, c’est déjà le royaume du bouddhisme. Et c’est là, surtout, que nous rencontrons un homme très intéressant...
Ce tibétain colporte des images du Dalaï-Lama à partir de Lhassa. Nous le rencontrons par pur hasard, alors que nous partageons une voiture pour aller dans un village voisin. Mais le plus surprenant, c’est qu’une fois descendus de voiture, alors que nous l’observons discrètement, il nous propose de le suivre. Nous passons donc toute la journée avec lui… Il passe de village en village, des images interdites plein son sac. Et par on ne sait quel miracle, les gens savent ce qu’il vient faire. Ils viennent donc au devant de lui comme si un vent sacré l’avait précédé et annoncé son arrivée. Et tous lui achètent des images. Il s’arrête au milieu la rue, déballe les différents modèles de posters, et les tibétains présents sont comme hypnotisés. A tel point que nous prenons des photos sans même qu’ils y prêtent attention. Nous nous sentons, pour la première fois de ce voyage, invisibles.
Cette après-midi fut passionnante même si nos possibilités de communiquer furent limitées. Nous avons toutes ces coordonnées. Si tout va bien nous devrions le revoir à Lhassa. Tenter de voir cet atelier clandestin d’impression d’images du Dalaï-Lama et normalement faire la route avec lui jusqu’à Katmandou. La chance a tourné de notre côté.
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