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mardi 30 octobre 2007
Tibet, l’énigme du permis
Tibet, l’énigme du permis

Ceux qui rêvent depuis des années de fouler le sol de cette terre sacrée pourraient bien être déçus. Pas par le Tibet... mais par la difficulté d'y voyager librement. Explications.

Faut-il un permis pour voyager au Tibet ? D’après le BSP (Bureau de sécurité publique), oui. D’après les agences de voyages, oui. En réalité, il existe deux types de permis, dont la nécessité reste à prouver… Le Tibet, province chinoise qui réclame son indépendance depuis longtemps, est découpé en plusieurs zones. Certaines d’entre elles, comme Lhassa (la capitale) ou Shigatse, sont dites « ouvertes ». A priori, seul un Tibet Entry Permit est requis pour visiter ces villes là. Contrôlé et exigé pour les voyageurs arrivant au Tibet par avion, ce permis n’est plus obligatoire pour ceux venant par le train Pékin-Lhassa. Et pourtant, il n’est pas rare que l’on refuse de vendre des tickets aux étrangers en gare de Pékin. C’est ce qui est arrivé à un canadien en octobre dernier. « J’ai du demander à un chinois de m’acheter un billet de train car les guichetiers ne voulaient pas me le vendre », explique ce dernier. Dans la plupart des cas, les acheteurs déboutés sont obligés de faire appel aux services d’une agence de tourisme. Celle-ci se faisant alors un plaisir de leur vendre un pack « train et permis », en facturant le permis près de 500 yuan !

Un business bien rôdé qui ne laisse pas vraiment le choix à celui qui souhaite vraiment se rendre au Tibet. « Je suis allé dans une agence et ils ont refusé de me vendre un billet si je ne prenais pas un permis avec ! », raconte Grégoire, 23 ans, étudiant ESSEC à Pekin avant d’ajouter : « Je n’en ai jamais vu la couleur d’ailleurs. Le guide de notre voyage l’avait parait-il avec lui… » Pas étonnant car ce permis n’est plus contrôlé dans la province tibétaine… où le « racket » continue avec le Alien’s travel permit.

Passez par la case permis

Reprenons… dans les autres zones, dites « interdites », un permis coûtant 50 yuans (5 euros) est requis. Jusqu’ici, rien de très compliqué. Sauf qu’il est absolument impossible d’obtenir ce fameux permis à 50 yuan sans joindre un groupe de cinq personnes ou plus, louer les services d’un guide et d’un chauffeur de 4X4, prévoir un itinéraire cadré… et, surtout, payer la modique somme de 250 euros par personne ! A ce prix seulement, le BSP est en mesure de délivrer au guide un papier à chaque membre du groupe. Papier qui sera ensuite contrôlé à différents postes de contrôle sur les routes tibétaines.

Il y a encore un an, les mesures étaient moins restrictives. Mais les choses changent au jour le jour et même les officiels semblent s’y perdre. Est-ce une volonté du gouvernement de contrôler l’afflux de touristes ? D’éviter aux occidentaux d’entrer en contact avec les tibétains (notamment depuis que deux américains se sont amusés à crier « Free Tibet » l’an dernier ou qu’un touriste italien a trouvé judicieux de montrer une vidéo d’un tibétain dénonçant l’oppression chinoise au gouvernement… ces pseudos héros ayant d’ailleurs entraîner l’emprisonnement de plusieurs tibétains) ? Ou est-ce simplement un moyen d’augmenter encore les profits du tourisme ?

Agents de voyage et membres du BSP assurent qu’une amende de 300 yuans (30 euros), parfois assortie d’une expulsion du Tibet vers la Chine ou le Népal, punit les voyageurs indociles. Ajoutant qu’il est impossible de faire le trajet seul, les bus locaux n’étant pas autorisés à accepter des étrangers. Peut-être… mais dans ce cafouillis total, qui sait encore ce qu’il a le droit ou non de faire ?

Hors la loi

Face à des mesures qui, au final, privilégient le profit des agences installées, les populations locales ont trouvé un moyen d’avoir leur part du gâteau. Certain bus locaux prennent ainsi des voyageurs seuls et sans permis, les font descendre avant les check point (qui sont fixes) et les récupèrent après. Le plus amusant c’est que les touristes, laissés ainsi en bord de route, n’ont aucun détour à faire. Ils passent simplement en marchant, leurs sacs sur le dos, devant le poste de contrôle… comme s’ils traversaient tranquillement le plateau tibétain, perché à 4000 mètres d’altitude. Une aberration car ces postes sont généralement à des heures de marches de chaque village, perdus au milieu des montagnes !

Et quand les bus locaux se refusent aux étrangers, des taxis ou des minibus acceptent de faire la route sans problème. Les touristes se présentent alors aux check point, où un garde à moitié endormi se charge de contrôler vaguement le visa chinois. Enfin, face à un policier réticent, il est toujours possible de dire que l’on se rend à la frontière népalaise le soir même. Car faire la route directement de Lhassa ou Shigatse vers le Népal ne requiert aucun permis. Une autre aberration car si la frontière n’est qu’à 700 km de la capitale du Tibet, il faut entre 20 et 24 heures pour s’y rendre !

Autant dire que même en recoupant les informations, il est impossible d’affirmer l’absolue nécessité de cet Alien’s travel permit. Seule constatation, faire le trajet en bus local ou en taxi coûte entre 250 et 500 yuans (25 et 50 euros) et offre la possibilité de découvrir le Tibet, ses paysages et ses gens, autrement que perché sur 4 roues prétentieuses… derrière une vitre teintée.

Emilie Darnaud et Nathaël Rusch

Commentaires

cooky (Friday 23 November 2007)
alien ?!!! mais ce sont eux les aliens !!!
Caroline (Tuesday 18 December 2007)
Alors quoi de 9 depuis le Tibet ? Et qu'avaez-vous prévu pour Noël. Bisous à vous 2
Des commentaires ?