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lundi 19 mars 2007
Les bus de la discorde
Les bus de la discorde

Souhaitant uniformiser ses modes de transport, la ville de Santiago a procédé à une nationalisation brutale des compagnies de bus. Un bouleversement qui provoque la colère de l’ensemble des usagers.

Une fois de plus, le bus passe sans s’arrêter. La cinquantaine de personnes rassemblées sur le trottoir commence à perdre patience. Et lorsqu’un bus s’arrête enfin, personne ne peut y monter tant il est plein. « C’était si simple avant », râle une femme qui tente en vain de grimper dedans par l’arrière. Avant l’instauration du Transantiago, la nouvelle et désormais unique compagnie nationale, plusieurs entreprises de bus privées se partageaient les voyageurs de la capitale chilienne. Pas d’arrêts ni d’horaires stricts : il suffisait de héler le bus, de lui indiquer une destination et il s’arrangeait pour déposer la personne au plus près. Depuis le 11 février dernier, le système est devenu public et seuls les bus de la Transantiago tentent d’assurer le trafic. Une initiative socialiste censée réduire la pollution mais aussi les embouteillages dans le centre ville… en les déplaçant sur les trottoirs puisque lors de la mise en place du Transantiago, il manquait au moins 60 bus !

Un trafic insuffisant

Au système archaïque des compagnies privées, le Transantiago préfère des horaires et des itinéraires précis. Seulement voilà, faute de places dans les bus, les gens ne peuvent y monter et arrivent en retard sur leur lieu de travail.

Sans compter que les itinéraires établis contraignent la plupart d’entre eux à prendre plusieurs bus pour se déplacer. Résultat : dans certaines banlieues, les gens dépensent jusqu’à la moitié de leur salaire dans les transports. Et pour ceux qui souhaiteraient se rabattre sur le métro, la donne est la même. Le trafic est si insuffisant que de nombreux malaises et deux décès ont eu lieu dans les rames souterraines. Poussant le directeur du métropolitain, lui-même, à demander aux vieillards, aux handicapés, aux enfants et aux femmes enceintes de l’éviter. Un progrès qui n’a donc pour le moment rien de… social.

Violentes manifestations

C’est certainement cette grogne qui a conduit aux émeutes du « Jour du jeune combattant », le 29 mars dernier. Cette date commémore chaque année la bavure policière à l’origine du meurtre des frères Rafaël et Eduardo Vergara Toledo, membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire et opposants du régime d’Augusto Pinochet, en 1985. Cette fois-ci, les lycéens et les étudiants s’en sont pris aux bus, détruisant plus d’une centaine des véhicules, flambants neufs, de la Transantiago. Mais l’échec de cette nationalisation des transports est certainement aussi dû à sa mise en place… du jour au lendemain. Le gouvernement chilien a voulu s’inspirer de la Colombie, qui a opéré un changement semblable il y a quelques années à Bogota, mais de façon progressive. Le Chili, lui, a choisi de zapper la phase de transition qui aurait permis à ce nouveau système de s’adapter aux réels besoins de la population. Au fond, il a simplement agi selon la devise du pays : « Par la raison ou par la force ».

Emilie Darnaud et Nathaël Rusch

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